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Jurisprudence absence de DPE en location : ce que risque le bailleur

18 Mai 2026 10 min de lecture

Jurisprudence absence de DPE en location : sanctions, recours et obligations du bailleur

L'absence de DPE dans un bail de location n'est pas une simple formalitĂ© manquĂ©e : depuis juillet 2021, le diagnostic est pleinement opposable en justice et la jurisprudence condamne rĂ©guliĂšrement les bailleurs nĂ©gligents. La Cour de cassation a posĂ© dĂšs 2019 le principe que l'absence de DPE constitue un manquement Ă  l'obligation d'information, ouvrant droit Ă  indemnisation. Ce que la plupart des guides omettent : des milliers de bailleurs utilisent encore un DPE caduc sans le savoir, ce qui les expose aux mĂȘmes sanctions qu'une absence totale.

Points clés à retenir

  • Le DPE est obligatoire depuis 2007 pour toute location d'habitation principale, vide ou meublĂ©e, quelle que soit la superficie.
  • Depuis juillet 2021, le DPE est "opposable" : le locataire peut s'en prĂ©valoir directement devant un juge comme piĂšce contractuelle.
  • Les sanctions vont des dommages-intĂ©rĂȘts Ă  la nullitĂ© du bail — cette derniĂšre rĂ©servĂ©e aux cas de dissimulation volontaire (dol caractĂ©risĂ©).
  • Tout DPE rĂ©alisĂ© avant le 1er juillet 2021 est caduc depuis le 1er janvier 2025 et Ă©quivaut juridiquement Ă  une absence de DPE.
  • Le locataire ne peut pas suspendre les loyers en l'absence de DPE : il s'expose Ă  une procĂ©dure d'expulsion pour impayĂ©s.

Le DPE en location est-il vraiment obligatoire ?

Oui, sans exception pour les logements à usage d'habitation principale. L'article 3-3 de la loi du 6 juillet 1989 impose au bailleur d'annexer le diagnostic de performance énergétique au contrat de bail, qu'il soit vide ou meublé. Cette obligation existe depuis le 1er juillet 2007. Omettre ce document expose à des sanctions civiles et, depuis 2021, à une mise en cause directe de la responsabilité contractuelle.

Pour quels logements cette obligation s'applique-t-elle ?

L'obligation vise tous les logements constituant la rĂ©sidence principale du locataire, quelle que soit leur taille ou leur anciennetĂ©. Un studio de 18 mÂČ en centre-ville comme un pavillon de 150 mÂČ sont soumis Ă  la mĂȘme rĂšgle. L'article R. 126-15 du Code de la construction et de l'habitation liste les seules exemptions reconnues.

Type de bien Condition d'exemption
Résidence secondaire Occupation inférieure à 4 mois par an
Petit bĂątiment indĂ©pendant Surface infĂ©rieure Ă  50 mÂČ
Construction provisoire Durée d'utilisation prévue de 2 ans maximum
Monument historique classé Classification patrimoniale officielle
Local agricole, artisanal ou industriel Usage non résidentiel principal
Lieu de culte Usage cultuel exclusif

En pratique, les tribunaux interprÚtent ces exemptions strictement. Un logement déclaré "résidence secondaire" mais occupé plus de quatre mois par an repasse immédiatement dans le droit commun. Plusieurs locataires ont obtenu gain de cause précisément sur ce point, en produisant des justificatifs d'occupation réelle.

â„č À savoir

L'obligation de DPE s'applique aussi aux annonces immobiliÚres : depuis le 1er janvier 2011, l'étiquette énergie (classe A à G) doit figurer sur toute annonce de location, qu'elle soit publiée par un particulier ou une agence.

Que dit la jurisprudence sur l'absence de DPE ?

La jurisprudence s'est durcit progressivement depuis 2019, avec un tournant dĂ©cisif en 2021. Les dĂ©cisions rĂ©centes montrent une cohĂ©rence : les juges sanctionnent systĂ©matiquement l'absence de DPE dĂšs lors qu'un prĂ©judice est dĂ©montrable, mĂȘme modeste.

Cour de cassation, 17 octobre 2019 : le principe fondateur

C'est l'arrĂȘt de rĂ©fĂ©rence. La Cour de cassation a posĂ© que "l'absence de DPE lors de la signature du bail constitue un manquement du bailleur Ă  son obligation d'information", ouvrant droit Ă  indemnisation pour le locataire. Cet arrĂȘt a mis fin aux incertitudes sur la nature du DPE : il ne s'agit pas d'un simple document administratif, mais d'une piĂšce contractuelle Ă  part entiĂšre dont l'absence engage la responsabilitĂ© du bailleur.

L'opposabilité depuis 2021 : un tournant majeur

La loi Climat et RĂ©silience (dĂ©cret n° 2021-872 du 30 juin 2021) a transformĂ© la nature juridique du DPE. Avant cette date, le document Ă©tait "indicatif" — le locataire pouvait s'en prĂ©valoir, mais avec des difficultĂ©s probatoires importantes. Depuis le 1er juillet 2021, le DPE est "pleinement opposable" : ce qu'il dĂ©clare, ou son absence, peut ĂȘtre retenu comme preuve directe par un juge sans expertise complĂ©mentaire. Cette Ă©volution a multipliĂ© les recours aboutis devant les tribunaux.

Cours d'appel de Caen, Douai et Pau : les sanctions confirmées en appel

Plusieurs cours d'appel ont validĂ© des sanctions concrĂštes contre des bailleurs ayant omis le DPE. La cour d'appel de Caen (2019) a prononcĂ© la rĂ©siliation d'un bail en retenant Ă  la fois la vĂ©tustĂ© du logement et l'absence de DPE comme Ă©lĂ©ments cumulatifs. La cour d'appel de Douai (2023) et la cour d'appel de Pau ont quant Ă  elles validĂ© des rĂ©ductions de loyer accordĂ©es comme compensation du manque d'information Ă©nergĂ©tique — sans plafond lĂ©gal fixe, le juge apprĂ©ciant librement le montant.

Quelles sanctions le bailleur encourt-il concrĂštement ?

Les sanctions se rĂ©partissent en trois niveaux selon la gravitĂ© des faits et le comportement du bailleur. La nullitĂ© du bail reste exceptionnelle ; les dommages-intĂ©rĂȘts et la rĂ©duction de loyer constituent les condamnations les plus frĂ©quentes.

Dommages-intĂ©rĂȘts et rĂ©duction de loyer

C'est la sanction la plus courante. Le locataire doit démontrer un préjudice financier direct : surconsommation énergétique par rapport à un logement équivalent correctement classé, frais de chauffage anormalement élevés, ou inconfort thermique ayant entraßné des dépenses supplémentaires (radiateurs d'appoint, isolation temporaire). Les juges accordent également une réduction de loyer lorsque la performance réelle du logement est trÚs inférieure à ce qu'un DPE fourni aurait révélé. Aucun barÚme légal ne s'impose : le tribunal judiciaire apprécie librement.

Sur le plan administratif, le bailleur est passible d'une amende de 1 500 € pour une premiĂšre infraction, portĂ©e Ă  3 000 € en cas de rĂ©cidive dans les trois ans. Ces amendes s'ajoutent aux condamnations civiles sans s'y substituer.

La nullité du bail : exceptionnelle mais possible

Les tribunaux prononcent rarement la nullitĂ© sur le seul fondement de l'absence de DPE. Pour l'obtenir, le locataire doit Ă©tablir un "dol caractĂ©risĂ©" : la dĂ©monstration que le bailleur a intentionnellement dissimulĂ© le DPE pour masquer une mauvaise performance Ă©nergĂ©tique (logement classĂ© F ou G), et que cette dissimulation a dĂ©terminĂ© son consentement. Le cumul de trois conditions est requis : intention dĂ©libĂ©rĂ©e, logement Ă©nergivore, prĂ©judice financier dĂ©montrable. En cas de nullitĂ©, le bailleur peut ĂȘtre contraint Ă  la restitution des loyers perçus.

La responsabilité de l'agence immobiliÚre

L'agence mandatĂ©e pour la mise en location est tenue de vĂ©rifier la prĂ©sence et la validitĂ© du DPE avant toute diffusion d'annonce. Elle commet une faute professionnelle si elle diffuse une annonce sans Ă©tiquette Ă©nergie ou fait signer un bail incomplet. En pratique, les tribunaux peuvent retenir la coresponsabilitĂ© de l'agence aux cĂŽtĂ©s du bailleur, permettant au locataire de mettre en cause les deux. Selon la norme NF EN ISO 17024, les diagnostiqueurs doivent ĂȘtre accrĂ©ditĂ©s COFRAC — un diagnostic rĂ©alisĂ© par un opĂ©rateur non certifiĂ© est considĂ©rĂ© comme nul.

⚠ Attention

Le locataire ne peut pas suspendre le paiement des loyers en l'absence de DPE. Cette stratégie, parfois conseillée à tort sur internet, constitue un défaut de paiement caractérisé exposant à une procédure d'expulsion. Les recours se font exclusivement par voie judiciaire, une fois les loyers réglés.

DPE caducs : un piĂšge que de nombreux bailleurs ignorent

En pratique, l'un des contentieux les plus fréquents en 2025 ne porte pas sur une absence totale de DPE, mais sur un DPE caduc présenté comme valide. Deux vagues de caducité se sont succédé :

  • DPE rĂ©alisĂ© avant le 1er janvier 2018 : caduc depuis le 1er janvier 2023.
  • DPE rĂ©alisĂ© entre le 1er janvier 2018 et le 30 juin 2021 : caduc depuis le 1er janvier 2025.
  • DPE rĂ©alisĂ© Ă  partir du 1er juillet 2021 : valable 10 ans.

Un DPE caduc annexĂ© Ă  un bail Ă©quivaut juridiquement Ă  une absence de DPE. Un bailleur qui a signĂ© un contrat en janvier 2025 avec un diagnostic de 2020 — sans le renouveler — est dans la mĂȘme situation qu'un bailleur n'ayant fourni aucun document. Le coĂ»t d'un nouveau DPE chez un diagnostiqueur certifiĂ© (Qualitel, Bureau Veritas Certification) se situe entre 100 et 250 € selon la superficie — une dĂ©pense dĂ©risoire au regard des sanctions encourues.

Comment le locataire engage-t-il un recours ?

La procédure est identique qu'il s'agisse d'une absence totale de DPE ou d'un diagnostic caduc.

Étape 1 — Mise en demeure par lettre recommandĂ©e

Le locataire adresse au bailleur une lettre recommandée avec accusé de réception lui demandant de régulariser la situation dans un délai de 8 à 15 jours. Ce courrier constitue la preuve de la tentative amiable, indispensable pour la suite de la procédure.

Étape 2 — Tentative de conciliation (obligatoire sous 5 000 €)

Pour tout litige infĂ©rieur Ă  5 000 €, la tentative de conciliation prĂ©alable est obligatoire depuis 2020. Le locataire saisit gratuitement un conciliateur de justice ou le service de mĂ©diation compĂ©tent. Un accord amiable Ă©vite l'audience et accĂ©lĂšre l'indemnisation.

Étape 3 — Saisine du tribunal judiciaire

En l'absence d'accord, le locataire saisit le juge des contentieux de la protection (anciennement tribunal d'instance). Aucun avocat n'est obligatoire pour les litiges infĂ©rieurs Ă  10 000 €. Le locataire produit le bail, les justificatifs de prĂ©judice (factures Ă©nergĂ©tiques, comparatifs de marchĂ©) et la preuve de l'absence ou de la caducitĂ© du DPE.

Comment le bailleur se protĂšge-t-il ?

La protection est simple à mettre en place à condition d'anticiper. Trois vérifications suffisent avant toute signature de bail : le DPE est-il présent, est-il valide (réalisé aprÚs le 1er juillet 2021), et a-t-il été réalisé par un diagnostiqueur certifié COFRAC ?

  • VĂ©rifier le numĂ©ro ADEME Ă  13 chiffres figurant sur le diagnostic : il atteste que le document a bien Ă©tĂ© transmis Ă  la base nationale et est juridiquement opposable.
  • Mettre Ă  jour le DPE aprĂšs travaux de rĂ©novation : un logement rĂ©haussĂ© en classe D suite Ă  des travaux d'isolation prĂ©sente un DPE renouvelĂ© plus favorable, ce qui peut justifier une hausse de loyer encadrĂ©e.
  • Conserver la preuve de remise : faire signer le locataire sur un bordereau de remise du DPE lors de la signature du bail, distinct du contrat lui-mĂȘme.
L'absence de DPE peut-elle entraßner la nullité du bail ?

Rarement. Les tribunaux prononcent la nullitĂ© uniquement en cas de dol caractĂ©risĂ© : dissimulation intentionnelle du DPE pour masquer un logement classĂ© F ou G, avec un prĂ©judice financier prouvĂ©. Une simple omission involontaire donne lieu Ă  dommages-intĂ©rĂȘts, pas Ă  une annulation du bail.

Le locataire peut-il arrĂȘter de payer son loyer si le DPE est absent ?

Non. La suspension des loyers en l'absence de DPE constitue un dĂ©faut de paiement pouvant dĂ©boucher sur une expulsion. Les recours s'exercent exclusivement par voie judiciaire, les loyers devant ĂȘtre rĂ©glĂ©s pendant toute la durĂ©e de la procĂ©dure.

Un DPE réalisé en 2022 est-il encore valable en 2025 ?

Oui, sous conditions. Un DPE rĂ©alisĂ© Ă  partir du 1er juillet 2021 est valable 10 ans. En revanche, tout DPE antĂ©rieur Ă  cette date est caduc depuis le 1er janvier 2025 et doit ĂȘtre renouvelĂ©, mĂȘme s'il avait Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© comme valide lors de la signature du bail.

L'agence immobiliĂšre peut-elle ĂȘtre tenue responsable Ă  la place du bailleur ?

L'agence peut ĂȘtre mise en cause en coresponsabilitĂ©, pas Ă  la place du bailleur. Si elle a diffusĂ© une annonce sans Ă©tiquette Ă©nergie ou fait signer un bail incomplet sans signaler l'absence de DPE, sa faute professionnelle s'ajoute Ă  celle du propriĂ©taire. Le locataire peut alors agir contre les deux.

Quels recours si le DPE fourni est erroné et surestime la performance réelle ?

Depuis 2021, un DPE volontairement sous-estimĂ© est sanctionnĂ© comme une absence totale. Le locataire peut rĂ©clamer des dommages-intĂ©rĂȘts couvrant la diffĂ©rence de coĂ»t Ă©nergĂ©tique entre la classe affichĂ©e et la classe rĂ©elle, sur toute la durĂ©e du bail. La Cour d'appel de Douai a validĂ© ce type de demande en 2023.

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Julien Favre
Julien Favre
Rédacteur spécialisé habitat · 11 ans d'expérience
Publié le 18 Mai 2026 180 articles rédigés
Julien Favre s'intéresse à la maison depuis toujours. AprÚs des années à rénover, bricoler et entretenir son propre logement, il partage sur Tout sur la maison ce qu'il a appris à la dure : les bons gestes, les erreurs à éviter et les produits qui tiennent vraiment leurs promesses.